Dans la course pour l’investiture du Parti républicain, elle voudrait être le visage féminin. Nikki Haley, qui devrait annoncer officiellement sa candidature le 15 février prochain, a le sens du marketing politique et cherche à jouer de ses différences auprès des électeurs et des médias.

Lors d’une interview sur Fox News, le 20 janvier dernier, elle insistait sur la nécessité de voir émerger une nouvelle génération et, plutôt que de s’engager sur le terrain miné des divergences idéologiques avec ses rivaux potentiels, préférait insister sur le fait qu’ils étaient tous des hommes : « La plupart d’entre eux sont mes amis… Que la meilleure femme gagne », plaisantait-elle sous les rires du public. Elle n’était donc pas un candidat parmi d’autres. Elle incarnait l’avenir et les vieux mâles blancs du GOP (Grand Old Party) n’avaient qu’à bien se tenir.

Il faut reconnaître que Nikki Haley a beaucoup pour plaire au regard des critères qui s’imposent actuellement. Fille d’immigrants indiens, née aux États-Unis, elle a été élue gouverneur de Caroline du Sud en 2010. À l’époque, elle était la plus jeune et la première femme gouverneur des États-Unis appartenant à une minorité.

Bien que défendant des positions conservatrices, notamment sur la question de l’avortement, elle avait fait, en 2015, un choix controversé, mais salué par la presse progressiste, lorsque après la fusillade de Charleston (un jeune suprémaciste blanc avait ouvert le feu dans une église méthodiste, tuant neuf paroissiens noirs), elle avait fait retirer le drapeau confédéré des bâtiments publics. À l’époque, le Washington Post voyait en elle le possible leader d’un « Nouveau Sud ». N’avait-elle pas souffert pour s’imposer « face à l’establishment blanc de Caroline du Sud dominé par les hommes » ?

Bien qu’au début de la campagne présidentielle de 2016, elle décrivait Trump comme « tout ce qu’un gouverneur ne veut pas chez un président », elle avait fini par se rallier à lui. L’année suivante, il la nommait ambassadrice des États-Unis à l’ONU. En octobre 2018, le New York Times avait salué « l’une des rares femmes en vue de l’administration Trump ».

Sur le papier, avec, d’un côté, ses positions conservatrices et, de l’autre, son expérience et sa personnalité conforme aux critères sociétaux, on pourrait donc se dire qu’elle possède le profil idéal pour élargir la base électorale des républicains en direction des femmes et des minorités ethniques, marchant ainsi sur les plates-bandes des démocrates. Sur le papier car, dans les faits, l’équation semble plus difficile à résoudre.

Avec Donald Trump seul candidat déclaré à ce jour et Ron DeSantis, le gouverneur de Floride, qui apparaît comme son challenger non officiel le plus sérieux, les sondages semblent pour le moment assez peu favorables. Créditée de 3 % à 4 % dans plusieurs enquêtes d’opinion parues fin janvier, Nikki Haley demeure très largement distancée par les deux poids lourds du parti.

S’interrogeant sur ses chances de percer, le journaliste de CNN Stephen Collinson se demandait récemment si son profil multiculturel et plus consensuel était vraiment ce qu’attendait la base républicaine MAGA (« Make America Great Again », le slogan de Trump). On peut fortement en douter et c’est bien ce qui inquiète les dirigeants républicains qui voudraient tourner la page Trump.

Il y a même beaucoup plus alarmant pour eux, comme le révèle un récent sondage (Bulwark/North Star Opinion Research) qui montre la persistance d’un bloc d’environ 30 % d’électeurs républicains qui reste fidèle à Trump et serait même prêt à le suivre s’il devait se présenter à la présidentielle en tant que candidat indépendant. Une faction « Always Trump » qui pourrait faire sécession.

Les républicains n’en ont donc pas fini avec l’ancien président qui sait qu’il peut compter sur ce bloc et que plus le nombre de candidats à la primaire augmente, plus s’émiette l’opposition interne à sa candidature.

Trump est, certes, un vieux mâle blanc, mais peut-être a-t-il également compris, à l’inverse de Nikki Haley, que c’est sur un autre thème qu’il pouvait se démarquer. Un facteur potentiel de succès qui reste l’angle mort de la plupart des analystes : l’évolution de la guerre en Ukraine. Trump pourrait émerger comme le « candidat de la paix » du fait de son anti-interventionnisme en opposition à ses concurrents aux positions plutôt bellicistes. En avril 2022, Nikki Haley, sur Fox News, avait reproché à l’administration Biden de ne pas aller assez loin dans son soutien à Zelensky qui, d’après elle, était obligé de « mendier » pour obtenir de l’aide.

Le 6 février dernier, le Washington post confirmait le constat que le soutien à la guerre s’érodait chez les républicains dont désormais 63 % s’opposaient à « fournir plus de financement et d’armes à l’Ukraine » et 41 % considéraient qu’il fallait mettre un terme rapidement au conflit, y compris si cela impliquait de céder des territoires à la Russie (contre 16 % chez les démocrates).

La question de la guerre pourrait, dans les mois qui viennent, devenir centrale au sein du parti républicain, ce que Trump a parfaitement compris. Lorsque, récemment, l’ancien président fanfaronnait en affirmant qu’avec lui, la paix serait négociée dans les 24 heures, tout le monde gloussait sans comprendre qu’il répondait ainsi aux attentes de son électorat. Comme en 2016, Trump pourrait à nouveau créer la surprise et laisser loin derrière lui les candidats adoubés par les médias.

Frédéric LASSEZ

Source : Boulevard Voltaire